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2003/11/13 00:55UTC

Le titre mondial des constructeurs fait le bonheur de Citroën

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La firme française s'impose dès sa première saison complète. Pour assurer son succès, elle a demandé à Sébastien Loeb de sacrifier ses chances de remporter le titre de champion du monde des pilotes. Celui-ci revient au Norvégien Petter Solberg, au volant d'une Subaru.

Cardiff de notre envoyé spécial

Petter Solberg n'a écouté que son instinct. A peine franchie la ligne d'arrivée et alors qu'une caméra officielle s'approchait de lui, il est sorti de sa voiture comme un diable. En quelques secondes, il était dressé sur la barrière qui contenait ses supporteurs, les poings brandis vers le ciel, hurlant de plaisir autant que de rage.

Puis il s'est jeté dans la foule vêtu du bleu de Subaru, son écurie.

Ensuite seulement, il s'est conformé au protocole de la télévision affublé d'un bonnet rouge à cornes frappé des couleurs de son pays. Le déchaînement de joie tellurique du Norvégien, qui venait de remporter le titre de champion du monde des rallyes, contrastait avec l'austérité du style gothique Tudor du château de Margam, dans le pays de Galles, qui servait de décor à l'épilogue de toute une saison.

L'humeur débordante de Petter Solberg contrastait surtout avec celle de Sébastien Loeb, son seul et unique rival dans ce rush final. L'Alsacien terminait à la fois deuxième du rallye de Grande-Bretagne et du championnat des pilotes, à un petit point du bouillant Scandinave.

"Majesté, il n'y a pas de second", avait-on répondu, il y a plus de 150 ans, à la question de la reine Victoria après que la goélette America eut remporté la coupe à laquelle elle donnera son nom. Et, s'il en est de même pour tous les sports, cette vérité était criante, ce dimanche 9 novembre, sur les hauteurs de Bridgend. Une vérité que Sébastien Loeb savait mieux que quiconque, et ce malgré le titre mondial des constructeurs que venait de décrocher, dans une joie moins apparente, l'écurie Citroën.

"C'est sûr que, sur le coup, c'est un peu difficile, expliquait le Français. On s'est battus, on n'a rien à se reprocher. Il y a eu des erreurs en cours de saison qui nous ont coûté des petits points par-ci par-là et qui, aujourd'hui, sont assez dures à avaler."

FATALE BÉVUE

Si les métiers de pilote et de copilote professionnels comportent des risques d'erreurs inhérents que chacun est prêt à assumer, les hommes de Citroën Sport n'ont pas du tout digéré - et n'ont pas manqué de le rappeler implicitement, ce dimanche - l'énorme et fatale bévue de Michelin, partenaire historique de la marque aux chevrons depuis les premiers temps de l'automobile.

Quinze jours auparavant, sur le rallye de Catalogne, pour ne pas avoir été informé par le manufacturier français de l'existence d'un type de pneu inédit, parfaitement adapté aux conditions de la route, Sébastien Loeb, alors largement en tête en fin d'épreuve, avait été dépossédé de la victoire sur le fil par la Peugeot 206 de Gilles Panizzi, chaussée, elle, des fameuses gommes.

Les deux points perdus en Espagne ont alors pratiquement scellé le championnat. Et rendu la tâche quasi impossible face à un Petter Solberg revenu à une longueur et qui pouvait aborder en toute confiance la manche galloise, qu'il avait de surcroît gagnée la saison précédente.

Un mal ne venant jamais seul, vendredi 7 novembre, dès l'entame du rallye de Grande-Bretagne, Citroën perdait Carlos Sainz, lui aussi en lice pour le titre et à égalité de points avec son coéquipier français.

La caméra installée dans l'habitacle pour les retransmissions prévues par la BBC dimanche prenait feu alors que sa Xsara s'acheminait vers la ligne de départ. L'incident aurait, selon les dires du pilote, sérieusement perturbé sa concentration et provoqué sa sortie de route.

CONSIGNE DE PRUDENCE

Le Madrilène hors course, Sébastien Loeb, qui se retrouvait désormais seul aux côtés de Colin McRae, recevait de Guy Fréquelin, le patron de l'écurie française, une consigne de prudence visée par Claude Satinet, le directeur général de Citroën, afin d'assurer un titre des constructeurs non encore acquis. Sauf abandon de Petter Solberg, le rêve de titre, lui, s'envolait pour Sébastien Loeb. "Ça a été un week-end difficile. Il a fallu gérer la pression des deux championnats. Il fallait aller au bout pour le titre des constructeurs, en même temps il fallait attaquer pour suivre le rythme de Solberg, déplorait Sébastien Loeb.Il y a eu des spéciales où j'ai bien attaqué. Quand on se fait quelques petites chaleurs, on réfléchit tout de suite beaucoup plus que si on est libre dans sa tête. Ce n'est plus tout à fait la même attaque."

"Remporter pour sa première année complète un championnat du monde des constructeurs, que peut-on rêver de mieux ?" Pour Claude Satinet, la cause est entendue, et il a bien "l'intention de faire savoir que la Xsara est la meilleure voiture de rallye du monde." Et si regret il y a, c'est de ne pas avoir pu vivre dans cette dernière épreuve le duel entre Carlos Sainz et Sébastien Loeb. "Cela n'a pas eu lieu pour des raisons qui ne nous sont pas imputables, non plus qu'à nos deux pilotes, et cela me donne toujours un peu de tristesse."

Dimanche soir, lors de la conférence de presse, il a été demandé à Daniel Elena qu'elles étaient, selon lui, les chances de Sébastien Loeb pour la prochaine saison. Peu enclin à l'anglais, le copilote de l'Alsacien a brusquement répondu après un silence : "100 %." Vivement l'année prochaine !

Jean-Jacques Larrochelle


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