par
Mi Xiaosheng
La Région autonome ouïgoure du Xinjiang est la région administrative la plus vaste de Chine. Elle abrite de nombreux Musulmans chinois. 12 minorités ethniques y vivent depuis des générations et la majorité d’entre elles sont de la confession musulmane.
Dans la rue, on peut voir de nombreuses mosquées avec leurs tours pointues et des habitants aux yeux enfoncés et au grand nez. Parmi les différents groupes ethniques, les Ouïgours sont les plus nombreux.
La langue ouïghoure est issue du turc et appartient aux langues altaïques. L’écriture du ouïghour est basée sur l’alphabet arabe. Dans cette langue, « Ouïgour » signifie union et alliance.
Dans le Xingjiang, la population de la plupart des éthnies minoritaires mènent une vie nomade. Les Ouïghours sont eux aussi traditionnellement nomades, mais ils ont été les premiers à abandonner l’élevage pour se lancer dans l’agriculture. Ils cultivent le coton, le maïs, le blé, le riz etc. Ceux qui habitent en ville font aussi du commerce et de l’artisanat. Les Ouïgours ont un grand sens du commerce. Les commerçants qui vendent des produits d’artisanat que j’ai rencontrés en ville sont pour la plupart des Ouïgours.
Les Ouïghours sont de très bons chanteurs et danseurs. Il suffit de deux Ouïghours et le spectacle est assuré : soit l’un danse et l’autre l’accompagne en chantant, soit les deux dansent ensemble. Tout cela crée une ambiance festive.
Les Douze Mukams (opéra) est une épopée qui comprend plus de 340 chants classiques et danses folkloriques. Il existe une multitude d'instruments de musique ouïgours : des instruments à corde, à vent ou encore des percussions comme le dutar, le rawap et le dap. Le dutar et le rawap sont des instruments au son clair utilisés pour les solos, alors que le dap est un tambourin en peau d'agneau dont le rebard est munis de petits anneaux en fer. On l'utilise pour accompagner la danse. Les danses ouïgoures sont légères, gracieuses, avec des chorégraphies rapides. La Danse de Sainam est la plus populaire.
Les Ouïgours cultivent le coton et leur industrie du tissage est ancestrale ; les vêtements de coton sont l’habillement le plus courant dans la région. Les hommes portent une longue tunique appelée qiapan, fendue à droite, avec un col en biais, sans bouton ; ils enroulent une longue bande de tissu autour de leur taille.
Les femmes portent des robes à manches amples et des vestons noirs avec des boutons cousus sur le devant. Cependant, de plus en plus de Ouïgours adoptent la mode vestimentaire occidentale, même s’ils aiment toujours porter un petit chapeau quadrilatéral ornés de broderies au motif ouïgour. Les femmes aiment se parer de boucles d'oreille, de bracelets et de colliers. Les jeunes filles nattent souvent leurs cheveux en plusieurs petites tresses. Les cheveux longs sont considérés comme un signe de féminité. Après le mariage, elles ne se tresseront plus que deux longues nattes et elles orneront leur chevelure avec des peignes en forme de croissant. Certaines ramasseront leurs nattes en chignon.
Le bonnet brodé ouïgour (Duopa en ouïgour) est l’un des accessoires les plus typiques de cette ethnie. Jeunes et vieux, hommes et femmes, tous portent ce bonnet à 4 angles. Ce bonnet représente bien plus qu’un simple habillement, c’est une pièce d’artisanat et le symbole de l’amour que les filles offrent aux garçons. À l’occasion des festivités ou lors de visites entre amis, il est habituel de porter ce bonnet. A ce sujet, nous vous prions d’écouter Mademoiselle Arzigul, jeune Ouïgoure. Elle prend la parole :
Les Ouïgours ont 3 sortes decouvre-chef : le bonnet en cuir, le bonnet en coton ou en soie brodée et le bonnet ordinaire. Depuis des générations, les Ouïgours considèrent que le fait de porter le bonnet est une vertue. On porte le bonnet pour les longs voyages, au moment des mariages et des funérailles. Et grâce au bonnet, on peut savoir d’où vient celui qui le porte, quelle est sa profession et l’âge qu’il a.
L’artisanat est très développé chez les Ouïgours. Ils confectionnent de magnifiques tapis, tapisserie, la soie Adilis, des chapeaux brodés et des couteaux où l’on retrouve une esthétique de l’Asie centrale. Ces objets d’art ont en effet une certaine ressemblance avec ceux de pays musulmans comme l’Ouzbékistan, l’Iran, ou la Turquie.
Au Xinjiang, les Ouïghours sont des musulmans pratiquants. Jusqu’à nos jours, ils ont préservé leurs us et coutumes traditionnels, comme par exemple les 5 prières quotidiennes. Si le fidèle est occupé à l’heure de la prière ou s’il n’a pas pu trouver un bon endroit pour se recueillir, il remet sa prière à un peu plus tard. A Ürümqi et à Kashi, j’ai vu des femmes portant le foulard mais aussi des femmes voilées, tout comme les femmes des pays arabes. Dans la rue j’ai aussi remarqué des couples, dont l’homme est vêtu à l’occidental et la femme porte son habit traditionnel. Mais les changements se produisent imperceptiblement. Il y a un autre point commun entre les Ouïgours d’autres peuples musulmans, ce sont les fêtes traditionnelles : les plus importantes chez les Ouïgours sont la fête Courbant et El Adhra.
La Mosquée d’Id Kaah dans la ville de Kashgar est l’une des plus importantes mosquée de Chine, elle se classe aussi parmi les plus importants lieu de culte d’Asie centrale. M. Kamil Maimait, l’imam de cette mosquée, nous parle du service aux habitants locaux :
Le vendredi, qu’il pleuve ou qu’il vente, notre mosquée est toujours pleine. À l’occasion de Courbant et d’El Adhra, quelques 70 ou 80 mille Musulmans se rendent ici. A l’intérieur, la mosquée est pleine et à l’extérieur la place et la rue devant la mosquée sont aussi remplies de fidèles qui s’agenouillent pour prier.
Quand ont voyage dans un lieu inconnu, on n’oublie jamais de déguster la gastronomie locale. Le blé, le riz et le maïs sont les aliments de base. Les Ouïgours aiment également le thé au lait accompagné de maïs cuit et de gâteaux de blé. Le riz sucré cuit avec du mouton, de l'agneau, des carottes et des raisins secs, des oignons est un mets de fête.
Les brochettes de viande sont sans conteste la spécialité ouïgoure la plus connue à travers la Chine. Il y a beaucoup de saveurs épicées et acides dans la cuisine du Xinjiang. Citons les nouilles par exemple : ont fait d’abord sauter du mouton, des oignons et des tomates dans un chaudron, puis on mélange le tout avec des nouilles cuites à l’eau.
Le thé est la boisson favorite chez les Ouïgours. Il y a toute sorte de thés. Mademoiselle Ayinur Halik nous explique, écoutons-la :
Nous avons des infusions d’herbes médicinales, du thé aux lilas, du thé aux noix, du thé aux noyaux d’abricot, du thé parfumé, etc. Les infusions d’herbes médicinales, le thé aux lilas et le thé parfumé ont une légère odeur de médicaments et ont tous des effets bénéfiques pour la santé : ils aident la digestion, favorisent le bon fonctionnement de la rate et des reins, fortifient le métabolisme etc.
La littérature ouïgoure est très riche tant par son style et que par son contenu. On compte d'innombrables contes folkloriques, paraboles, comédies et poèmes qui font l'éloge du courage, de la sagesse et de la bonté des gens ordinaires, tout en faisant dépeignant la cruauté et la folie des exploiteurs. Par exemple les Contes de Afandi, font la satire des Bayis et des imams qui exploitent le peuple. Une grande partie de la littérature écrite des Ouïgours date du XIe siècle ; c’est le cas du Kutadolu Biliq de Yusuf Hass Hajib et du Dictionnaire turc de Moham Kashgar, qui sont des oeuvres importantes pour ceux qui s'intéressent à l'histoire, à la culture et à la langue des Ouïgours